Les Occidentaux pris dans la tenaille universaliste. Entre l’enclume des institutions, et le marteau de la déconstruction.

L’intersectionnalité n’est pas la fin de l’universalisme, mais sa mise en pratique.

Un débat est né ces dernières années au sein des camps de la gauche dans tous les pays occidentaux. Partout dans ces courants, se profile une lutte entre le camp dit des universalistes, et celui des adeptes de l’intersectionnalité.

Les premiers croient dans des institutions étatiques fortes, surplombant les individus. Les citoyens, de quelque origine, de quelque religion, de quelque pensée politique que ce soit sont sommés de s’y soumettre afin que la société puisse fonctionner sur le même modèle. Les universalistes pensent, fondamentalement, que ces institutions ont une vocation universelle et peuvent s’étendre à tout peuple sur terre, moyennant quelques investissements dans son éducation. Ces institutions peuvent prendre le nom de laïcité, de justice, de loi, etc. Ainsi, les nouveaux arrivants ne posent pas problème selon eux, car, ils sont sommés de se fondre dans ce moule institutionnel.

Les seconds ont une posture radicalement différente. Ils ont acté l’échec des premiers. Ils ont acquis la certitude que les institutions qu’ils prônaient n’étaient pas universelles et ne pouvaient pas l’être. Au contraire, ils jugent que ces institutions dites universelles ne sont l’expression que de la pensée de l’homme blanc, adaptée à la société blanche, pour des blancs. Ils partent alors du principe qu’un universalisme digne de ce nom ne peut reposer sur ces bases, et qu’il convient donc d’en entreprendre un nouveau, plus praticable, débarrassé de son héritage occidental.

Les institutions des universalistes, pour les intersectionnels, produisent fondamentalement du racisme car elles excluent tous les non-blancs qui ne sont pas conçus et adaptés pour ce modèle occidental. Les intersectionnels ont acté les différences culturelles et raciales, car elles ne peuvent simplement plus être niées, le premier universalisme ayant montré en effet, pendant les décennies d’application, toutes ses limites.

Les premiers universalistes, voient d’une manière très hostile cette dissension dans leurs rangs et appellent au retour à l’universalisme premier, celui qui a déjà échoué pendant la colonisation par l’Occident et par les politiques d’intégration occidentales de l’immigration de la fin du XXe siècle. Ils déclarent ainsi qu’il existerait une lutte entre ceux restés universalistes, et une nouvelle frange devenue anti-universaliste.

Aucun combat de ce type n’a lieu. Les nouveaux universalistes, dits intersectionnels, considèrent juste que les institutions actuelles, prônées par les anciens universalistes, sont issues d’une culture spécifique, occidentale, et ne peuvent être transposées. Les structures sociales sont identifiées comme un frein à l’universalisme. Pour abolir les frontières et achever l’unité de l’humanité sous une seule bannière, le maître-mot devient alors la déconstruction. Déconstruire les individus, les réduire, jusqu’à ce qu’ils soient semblables et puissent être régis par un seul système, libertaire. Déconstruire toutes les cultures, comme le disait déjà Diogène de Sinope au IVe siècle avant JC, est la seule façon d’abolir les barrières entre les peuples. Pour eux, l’humanité réduite à sa plus simple expression d’animalité s’il le faut, est une humanité sans frontière.

L’intersectionnalité, une convergence de factions hétérogènes rendue cohérente par l’objectif de la déconstruction

Le principal outil de l’intersectionnalité pour imposer cette déconstruction est la convergence des luttes. L’idée est simple. Faire converger toutes les vexations de différents groupes de personnes dans une société afin de les unir comme un seul homme pour faire tomber les normes sociales qui les surplombent. Les luttes mises en sourdine dans ce courant ne sont nullement une incohérence, comme les premiers universalistes aiment le dire. Elles sont la composante essentielle d’une méthode. L’essentiel est de déconstruire chaque structure sociale une à une en les prenant comme proie. Le reste s’adapte.

Le second outil est la provocation. Tout comme le suggérait le courant des Cyniques d’Athènes, qui faisait en son temps la promotion de la légalisation de l’inceste, les intersectionnels font de la provocation un élément essentiel de cette déconstruction. En remettant constamment en cause les normes, en choquant, en pratiquant et en imposant comme nouvelles normes d’anciens tabous, ce courant poursuit son œuvre de déconstruction. Il fait donc totalement sens pour ce courant de promouvoir simultanément la lapidation des homosexuels et la gay pride. Les deux remettent en cause l’ordre établi.

Il est totalement normal que dans l’intersectionnalité, le racisme anti-blanc côtoie la lutte anti-raciste. Dans les sociétés occidentales, ce courant universaliste nouveau s’en prend de manière très virulente aux blancs pour qu’ils détruisent en eux tout ce qui les construit en tant qu’individu d’une société blanche.

L’intersectionnalité, une convergence de factions hétérogènes rendue cohérente par l’objectif de la déconstruction

L’intersectionnalité, c’est l’universalisme dans la mise en pratique. Les structures sociales sont sa cible. Elles sont un frein à l’universalisme véritable. Les Occidentaux sont alors irrémédiablement pris dans une tenaille universaliste. Entre l’enclume des institutions, et le marteau de la déconstruction.

Illustration: Diogène par Jean-Léon Gérôme, 1860, Walters Art Museum. Diogène de Sinope prônait le cosmopolitisme, souhaitant rassembler toutes les cités en abolissant les normes qui les séparent. Il fait vœu de vivre dans l’animalité, se masturbant à la vue des passants, se contentant de vivre dans un tonneau et de se réjouir de la simple lumière du soleil.